Guillaume Soro dit que « le pouvoir de Gbagbo est fini »

C’est un Guillaume Soro qui a fondu de plusieurs kilos, certes, mais qui se porte comme un charme, comme en attestent selon lui les résultats des différents check-up, qui a échangé hier 1er février 2011 à l’hôtel Laïco avec les journalistes : de l’échec programmé du quintet des chefs d’Etat aux pressions multiformes sur Gbagbo, en passant par l’option militaire, « qui ne saurait être confondue à une guerre généralisée ». Le Premier ministre d’Alassane Ouattara s’est prêté aux questions des journalistes au cours d’une conférence de presse qu’il a clôturée par conviction : « le cas de la Côte d’ivoire pose un précédent jurisprésidentiel pour l’UA… mais pour nous, le pouvoir de Gbagbo est fini ».

Guillaume Soro croit-il aux chances de réussite des missi dominici de l’Union africaine (UA) conduits par le président mauritanien, Abdel Aziz ? « C’est sûr que Gbagbo opposera aux chefs d’Etat une fin de non-recevoir…je le connais… j’ai travaillé 3 ans avec lui… l’expérience a montré qu’il n’a aucun respect pour ses pairs… d’ailleurs, il nous disait en Conseil des ministres que si les résolutions de l’ONU pouvaient tuer, Israël aurait été rayé de la carte du monde. Il est allé si loin que ce serait la honte pour lui de reculer.

Je laisse les chefs d’Etat faire leur propre expérience avec Gbagbo, moi, je suis saturé, ou plutôt instruit, mais même si la Communauté internationale reculait, nous, les Ivoiriens n’abdiquerions pas ». Paroles de Soro. Est-ce à dire que le camp Ouattara irait jusqu’à prendre les armes pour déloger Gbagbo ? Réponse du Premier ministre Soro : « L’option militaire ne signifie pas la guerre généralisée, mais Gbagbo joue là- dessus en laissant entendre : si vous m’enlevez, ce sera la guerre !

Houphouët est parti, Bédié est parti, Guéi est parti, il n’y a pas eu la guerre. Gbagbo n’est pas indispensable au pays, il a une haute vision de sa personne. Au Panama, on a bien eu l’opération Norièga (NDLR : Norièga a été enlevé par les Américains). A la vérité, ADO ne veut pas débuter son mandat dans un bain de sang, sa devise n’est pas mille morts à gauche, mille morts à droite,… Je m’en fous.

En tout cas, d’ici là, Gbagbo ne sera plus président de la Côte d’Ivoire, le pouvoir de Gbagbo est fini ». Invité à éclairer la lanterne de la presse sur la situation humanitaire et des droits de l’homme en Côte d’Ivoire, Guillaume Soro avancera le chiffre de 300 macchabées, tués selon lui, par les sicaires de Gbagbo. Un nombre arrêté avec des juristes et des avocats en rapport avec les familles des victimes.

Quid de l’étouffement économique et financier de son régime ? Selon Soro, de nombreuses mesures sont prises et les effets se font sentir : par exemple, foi du Premier ministre ivoirien, Gbagbo pratique la compensation manuelle, procédé vieillot et dans les agences BCEAO de Côte d’Ivoire pourtant fermées par le gouverneur intérimaire, « il exerce du gangstérisme ». Pire, il a pris la centrale de distribution d’électricité en otage et pour révolter les populations, il pratique des coupures intempestives.

Sur le même registre financier, Guillaume Soro s’est voulu limpide à l’égard des établissements bancaires : « Toutes les banques qui vont ruser avec les mesures de la BCEAO, et vont faire de la sédition seront sanctionnées et mises en faillite ». Combien de francs CFA, l’ex-gouverneur Tabley-Dacoury aurait décaissés pour Gbagbo au mépris de la consigne des chefs d’Etat de l’UEMOA ? Sans sourciller, Soro a lâché : « 200 milliards, car la masse salariale ivoirienne tourne autour de 85 milliards/mois.

Avec toutes ces actions, Gbagbo fait l’unanimité contre lui, même Charles Taylor n’avait pas eu cet honneur ». Que pense-t-il de certains proches de Gbagbo qui récuseraient la présence de Blaise Compaoré dans le panel des chefs d’Etat envoyés par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA ? « Malheureusement, pour Gbagbo, il n’était pas à Addis-Abeba, Blaise y était ». Concrètement, comment faire partir Gbagbo et permettre à ADO d’exercer son magistère suprême ?

L’illustre conférencier d’hier égrènera les actions qui font que subrepticement le pouvoir est en train de basculer dans le camp ADO : suspension de l’exportation du cacao qui fait engranger à l’Etat entre 300 à 500 milliards/an ; reconnaissance de la signature d’ADO à la BCEAO ; nomination d’ambassadeurs pro-ADO (soit dit en passant les Ivoiriens vivant au Burkina Faso auront le leur la semaine prochaine si l’on en croit Soro), basculement d’une partie du corps préfectoral dans le camp ADO, Administration paralysée à Abidjan. « Là où je ne suis pas totalement satisfait, c’est au niveau de l’armée, mais sur ce plan, on a des ralliements », a laissé entendre Soro.

En guise de conclusion, il confessera que s’il a pris la décision de rejoindre ADO, c’est qu’il a toujours épousé la vérité, une valeur qu’il chérit depuis le petit séminaire de Katiola. « ADO a gagné ». Soro répétait cela comme une antienne et soutient que si c’était le cas Gbagbo aussi, il l’aurait clamé haut et fort. Ensuite, il faut, dit-il, sauver la démocratie dans son pays et pour cela, l’UA doit poursuivre son œuvre qui fera date, car ce sera « un précédent jurisprésidentiel ».

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

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