C’est seulement dimanche dernier que la bombe a été désamorcée

En dépit d’une promesse du ministre de l’Environnement, faite il y a deux mois de transférer ailleurs les 2000 m3 de sable contaminé au plomb, sur un autre site, l’on est encore dans l’attente du côté des populations de Montrolland. La polémique qui a enflé ces derniers jours autour de cette affaire, a fait l’objet d’un tollé chez les populations et dans l’opinion. Dans cet entretien, le président de la communauté rurale de Mont-Rolland, Lamine Ciss, se prononce la question du sable contaminé.

Deux mois après l’engagement du ministre de l’environnement d’évacuer le sable contaminé ailleurs qu’au Mont Rolland, aujourd’hui, quelle est votre réaction par rapport à la présence du sable contaminé toujours à Mont Rolland ?

Le problème du sable contaminé nous préoccupe depuis deux mois. Quand le sable contaminé qui provient de Ngagne Diaw (commune d’arrondissement de Thiaroye) est arrivé à Mont Rolland, nous avions alerté l’opinion nationale et internationale. Nous n’étions pas d’accord pour que ce sable soit transféré ici à Mont Rolland. C’est ainsi que le ministre de l’Environnement et de la Protection de la Nature s’était engagé à l’évacuer de Mont Rolland depuis bientôt deux mois. On a constaté qu’il y avait un silence ; et c’est seulement dimanche dernier que la bombe a été désamorcée, car le ministre a envoyé le directeur de l’Environnement, en l’occurrence Cheikh Ndiaye Sylla, qui a échangé avec nous et s’est expliqué pourquoi il y a eu du retard à évacuer le sable contaminé hors de Mont Rolland. C’est après discussion qu’on a décidé d’annuler une marche qui devait être organisée aujourd’hui (lundi 13 septembre). Nous sommes des Sénégalais, si les autorités concernées viennent à nous pour échanger avec nous et discuter, on ne peut que se plier et accepter certaines décisions. Mais, nous sommes tombés d’accord que le sable contaminé doit être enlevé.

Est-ce-que votre inquiétude est fondée dans la mesure où des experts ont expliqué que, vu la distance qui sépare la ville du site, il n’y a pas de risque ?

Je pense que les experts peuvent s’expliquer techniquement, mais nous, ce que nous avons appris est que ce sable contaminé a tué 18 enfants à Ngagne Diaw. Et quand on transfère ce sable à Mont Rolland, il y a la peur qui est là. Pour nous le site n’est pas loin de nos lieux d’habitation, parce que l’eau de revirement de Mont Rolland provient du Plateau de Thiès et le Centre d’enfouissement technique (Cit) se trouve être sur le Plateau de Thiès. Donc, toute l’eau qui tombe sur ce Plateau est drainée vers Mont Rolland par les ruissellements. Pour nous, la peur est encore là, même si les autorités essaient de nous expliquer que ce n’est pas dangereux. Dans tous les cas, nous espérons que le sable sera enlevé le plutôt possible. On ne peut pas comprendre que quelque chose qui tue, puisse être transféré dans notre village sans susciter des questionnements. Même si on nous dit qu’on a traité ce sable, il y aura toujours la peur.

Le ministre de l’Environnement n’a pas donné de date limite pour évacuer ce sable, n’avez-vous pas l’impression que le sable sera maintenu pour plusieurs mois dans le Cit ?

Nous en tout cas, on ne peut pas donner une date au ministre mais, il nous a expliqué par téléphone que le sable sera évacué en Chine et l’évacuation doit couter 200 millions de francs. Un montant qui n’est pas prévu pour le budget de cette année. Comme nous sommes des Sénégalais, on a compris, tout en espérant qu’ils vont trouver dans les plus brefs délais les 200 millions qui vont permettre d’enlever ce sable. Ils ont aussi dit que l’évacuation va prendre un peu de temps car le sable doit être d’abord mis dans des sacs, ensuite dans des conteneurs pour enfin être transporté au port en direction de la Chine.

Dans le cas contraire qu’allez-vous faire ?

Nous avions engagé un combat et le combat va continuer. Mais si l’autorité vient vers nous pour nous dire qu’il faut s’expliquer, qu’il faut qu’on se mette sur une table pour discuter, on va discuter. Mais nous espérons sincèrement que le ministre va respecter sa parole concernant l’évacuation de ce sable en Chine dans les plus brefs délais.

REACTIONS DES HABITANTS DE NGAGNE DIAW (COMMUNE D’ARRONDISSEMENT DE THIAROYE), L’ORIGINE DU SABLE CONTAMINE EN PLOMB.

Macoumba Diop, conseiller municipal et président de la commission environnement de la commune d’arrondissement de Thiaroye sur Mer :

« La quantité de sable contaminé apportée à Mont Rolland était la dernière phase. Pour les premières évacuations de sable, on n’a pas eu écho, qu’il a eu des morts. Les spécialistes nous avaient fait comprendre que le sable après son passage au laboratoire ne peut pas causer de dégâts humain ni animal. Car, le sable qui était à Ngagne Diaw contenait une quantité de 70, voir 90% de plomb alors que celui qui est transporté à Mont Rolland et ailleurs en contient seulement 1%. Avec cette quantité de plomb, les habitants de Mont Rolland ne doivent pas avoir de crainte ni pour leur vie, ni pour celui de leur bétail ».

12 maisons contaminées à Thiaroye sur mer

« il reste douze maisons dans lesquelles il reste encore des résidus de plomb. Après le premier test, il y a eu un deuxième qui a confirmé la présence de plomb dans ces 12 maisons qui seront attaquées après l’hivernage pour enlever tout le plomb qui s’y trouve ».

Malick Badji, un mécanicien habitant de Pikine :

Malick Badji, habitant de Pikine, travaille comme mécanicien au village de Ngagne Diaw, juste à coté du site où se trouvait le sable contaminé en plomb. Selon ce natif de Pikine, « depuis qu’on a enlevé le sable contaminé, cette place est inondée à chaque hivernage. Certes, il y a eu toujours inondation à cet endroit, mais maintenant c’est plus grave, car on a plus d’eau qu’avant l’enlèvement du sable contaminé. Mais quand même, je préfère être inondé que de vivre la psychose de ce sable contaminé qui a causé la mort de 18 enfants dans ce village en 2008 ». Malick Badji trouve cependant anormal que le sable qui a entrainé la mort de personnes puisse être apporté dans un lieu habité.

Un mécanicien qui a gardé l’anonymat :

Pour cette personne qui a voulu garder l’anonymat, habillé en tee-shirt gris, pantalon noir à la couleur de l’huile brûlée des voitures, « le plomb est toujours présent à Ngagne Diaw. Les spécialistes nous avaient fait comprendre que le plomb est mobile, donc peut se déplacer. En enlevant le sable contaminé, les ouvriers n’ont pas pu nettoyer les ruelles, car elles étaient trop étroites pour faire entrer leurs matériels de travail. En cette période d’hivernage, le plomb peut retourner à sa place initiale avec les eaux de pluies. »

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