« Le Président de la République, considérant que l’aumône est une pratique recommandée par la Religion, a exprimé son désaccord par rapport à son interdiction ». Même « s’il a préconisé la rationalisation de cette pratique par une mutualisation de l’aumône au niveau national ». C’est le Chef de l’Etat Me Abdoulaye Wade qui, en Conseil des ministres ce jeudi 7 octobre, prenait la décision de lever l’interdiction de la mendicité. Ce nouveau rebondissement nous pousse à revenir sur l’apport des écoles coraniques islamiques ou « daaras » dans le développement économique du pays.
Autant, le nouveau visage qu’offre le phénomène de la mendicité, avec son internationalisation, est à dénoncer, autant, il faut reconnaître le système d’enseignement coranique, notamment les « daaras », a contribué à la formation de grandes personnalités tenant aujourd’hui les reines de l’économie sénégalaise. El hadji Mamadou Nguer, Enseignant chercheur en Informatique UFR SAT à l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis, dans une contribution paru sur le site Seneweb.com le mardi 23 Juin 2009, faisait remarquer qu’outre « les entreprises étrangères établies au Sénégal, l’activité économique du pays est presque entièrement entre les mains de personnes issues du système dit informel ou système des « Daaras » dont l’un des plus célèbre est celui de Koki.
Les milliardaires sénégalais se comptent plus dans ce système comme l’attestent les réalisations à leur actif. Il en veut pour exemples : le groupe Ccbm de la famille Mboup formée au daara de Koki, qui intervient aujourd’hui dans le commerce, le transport, l’assurance, l’automobile etc., le groupe Diprom qui intervient dans l’énergie, le holding Al Azhar, fondé par feu Serigne Mourtalla ibn Cheikh Ahmadou Bamba, qui intervient dans l’éducation, le transport, le pétrole, dans l’Assurance, dans les fouilles, les mines et les carrières. Il s’y ajoutent le groupe SAIM Kebe Fondée en 1972 par feu Elhadji Babacar « Ndiouga » Kébé, une Société Anonyme Immobilière est devenue, par la construction, le rachat, et par une gestion saine et rigoureuse, la première société immobilière privée du Sénégal. Bocar Samba Dieye qui importe la majeure partie du riz consommé dans le pays, Ndiaga Ndiaye, Bada Lo… dans le transport, feu Djily Mbaye et Sidy Lamine Niass avec le groupe Walfajri entre autres.
Contraire aux personnes issues de ce système, ceux qui viennent du système dit formel c’est-à-dire de l’école à la française à qui 40% du budget national est alloué par l’Etat se caractérisent par plusieurs traits. Non seulement il s’attendent souvent à ce qu’on leur donne un emploi mais ne créent souvent pas d’emplois autant que ceux du système informel. De même, ces gens qui ne sont pas en général des employeurs, mais juste des employés se retrouvent dans l’administration, la politique, l’éducation et les services mais pas dans l’économie réelle (agriculture, pêche, commerce, transport, etc.) même si on les trouve aujourd’hui de plus en plus dans la vallée par exemple. Il y aussi le fait qu’ils ne sont pas très représentatifs dans la création des richesses du pays mais dans la gestion de ces richesses.
Pris en charge des « daaras » dans le budget
Suffisant pour que le professeur qui qualifie cette situation de « paradoxe » se demande pourquoi ceux issus du système formel ne sont pas aussi entreprenant que leurs frères du système informel, malgré que 40% du budget leurs soient alloués ? Qu’est ce qui justifie que ceux issus du système informel parviennent à tant de résultats malgré le manque de budget et de considération ? Pour répondre au mieux à ces questions, il faut revoir l’historique de ce système bipolaire et le vécu quotidien des produits des deux systèmes. Contrairement à l’élève du système formel, le « talibé » du système informel, dès son plus tendre enfance doit tout faire par lui-même durant toute sa formation. Il est formé à ne rien attendre des autres. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’il soit disposé à créer des richesses. Alors que l’élève, de l’école primaire à l’Université en passant par le collège et le lycée, n’a autre tâche que les études. Il est habitué dès le début à ne rien faire d’autres que les études. Et cela continue jusqu’à ce qu’il termine, même si aujourd’hui il y a des exceptions qui financent leur propres études grâce à la pratique de « petits » métiers.
D’où la nécessité, au-delà de la volonté de modernisation et de subvention annoncée par le gouvernement, de penser à allouer des parts de budget officiellement a ce système populaire auquel une bonne frange de la population continue à faire confiance pour l’éducation de leurs enfants, malgré l’élargissement de la carte scolaire jusque dans les contrées les plus reculées. Aussi, des centres de formation à différents métiers devraient être ouvert dans tout le système formel et même informel pour éviter de se retrouver avec des intellectuels injustement exclus du système parce que n’ayant aucune qualification après plusieurs années d’études. Il y va de la réduction de la pauvreté, de la lutte contre mendicité des talibés et du développement économique du pays vu l’apport de ces derniers dans tous les secteurs de l’économie nationale.
Google+