CASAMANCE : Echec et mat pour Wade

Depuis le 26 décembre 1982, date du déclenchement de la rébellion, la région casamançaise n’a plus retrouvé la paix. En effet, il ne se passe pas des jours sans que la population de cette région méridionale du Sénégal ne vivent l’enfer des tirs à l’arme lourde qui causent des pertes en vies humaines. Le dernier triste événement date du 31 octobre dernier où on déplore trois morts et des blessés graves du côté de l’armée sénégalaise.

Mais alors, pourquoi malgré les accords de cessez-le-feu signés çà et là, la rébellion casamançaise, comme une métastase, continue de tenir tête à l’armée régulière ? Les responsabilités, à bien des égards, sont partagées entre les pouvoirs qui se sont jusqu’ici succédé et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). D’abord du côté de l’Etat sénégalais, tout porte à croire que les accords signés de part et d’autre n’ont pas été respectés. Autrement dit, la démagogie semble caractériser les différents pouvoirs dans les négociations avec les rebelles.

Ces derniers estiment, entre autres, que les immenses richesses de cette région ne profitent pas aux filles et fils de la Casamance. Ce qui est, de toute vraisemblance, loin d’être faux. Mais des trois chefs d’Etat sénégalais qui ont présidé aux destinées de la nation, le dernier, Abdoulaye Wade, est celui qui s’est le plus illustré dans cette politique de l’autruche. Les raisons : tandis que ses prédécesseurs, Senghor et Diouf, connaissant bien la délicatesse du problème casamançais, sont restés modestes et humbles dans leurs propos, l’actuel homme fort de Dakar, lui, avait juré d’en finir avec le cas casamançais une fois que les Sénégalais lui accorderaient la chance de venir au pouvoir. Wade se voulait si convaincant et rassurant qu’il s’était donné le délai de 100 jours maximum, à compter de la date de son arrivée au pouvoir, pour laisser le problème casamançais aux historiens. Incapables de résoudre un problème aussi simple que celui de la Casamance : ainsi qualifiait-il ses prédécesseurs. Mais aujourd’hui, il n’est point besoin de le démontrer, tant le constat s’impose. Wade a essuyé un échec cuisant.

Après dix ans aux affaires, « Gorgui » est non seulement incapable de pacifier la région mais pire, le sujet lui hérisse les poils. Autrement dit, il ne veut même plus en entendre parler. L’on se souvient que le 24 octobre 2003, environ trois ans après son arrivée à la tête de l’Etat, Sophie Malibeaux, une correspondante de Radio France internationale (RFI) à Dakar, fut contrainte de quitter le Sénégal sous le coup d’un arrêté d’expulsion. Son péché ? Avoir tendu son micro à l’un des rebelles casamançais. Aujourd’hui, incapable de chasser cette mouche importune par la politique de l’autruche, le numéro un sénégalais a changé d’appellation. Comme Tandja du Niger au moment où il brillait de ses mille feux et Nkurunziza du Burundi, Wade a choisi maintenant d’appeler « bandits armés » et « braqueurs » ceux que même l’observateur le moins averti reconnaît comme relevant du MFDC. Un euphémisme habile pour Wade, dans le but de mieux légitimer les solutions inadéquates, et donc inefficaces qu’il lui apportera. Car, en rangeant les rebelles dans le registre de « bandits armés », c’est désormais la solution des armes qui pourrait valoir. Ce qui rendrait la paix difficile et compliquerait davantage la vie des populations de la région.

Et c’est justement parce que les principales victimes de cette instabilité chronique ne sont que les Casamançais, qu’il faut interpeller aussi les rebelles sur leurs responsabilités. En effet, l’extrémisme, le radicalisme et le jusqu’au-boutisme ont montré leurs limites après environ 29 ans de combat.

Ils doivent savoir que l’indépendance qu’ils revendiquent tant n’est qu’un leurre. Aucun président, aussi pacifiste soit-il, ne peut se passer de cette région qualifiée à juste titre de grenier du Sénégal. La répartition équitable des biens de la région reste une revendication à la fois légitime et réaliste à condition que les rebelles mettent de l’eau dans leur vin.

En tous les cas, il faut vite tourner la triste page de cette instabilité chronique afin que les Sénégalais, les Casamançais notamment, retrouvent la paix et la liberté, véritables gages du développement.

Boulkindi COULDIATI, Le Pays

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