Wade reçoit ADO et suscite l’ire des caciques du FPI

Notre revue de l’actualité de la semaine écoulée nous conduit, dans un premier temps, dans la capitale sénégalaise où Wade reçoit ADO et suscite l’ire des caciques du FPI. Dans un second temps, nous tenterons de comprendre une bien curieuse décision prise par la Cour de Justice de la CEDEAO : celle de libérer Tandja.

S’il est une audience qui, par les temps qui courent, n’aura pas eu l’heur de plaire au clan Gbagbo, c’est bien celle que le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a accordée, jeudi dernier, au candidat ivoirien Alassane Dramane Ouattara, et ce, alors que ADO savourait encore les délices de la publication du résultat des urnes qui le propulsaient au second tour de la bataille pour la présidentielle ivoirienne.

Les caciques de “Gbagboland” n’ont pas vraiment apprécié cette manifestation de la téranga sénégalaise établie depuis des lustres et désormais devenue légendaire.

Et vite, on sort les grands mots : on parle volontiers d’une volonté de déstabilisation qu’afficherait le Gorgui sénégalais, on brandit de l’ingérence couplée à de la conspiration et on choisit d’en vouloir pour preuve une masse d’argent (la bagatelle de 2 milliards de Fcfa) qui aurait été gracieusement, mais pas innocemment, offerte par le président sénégalais au candidat ivoirien.

On imagine sans doute pourquoi. Pareil affront n’est ni plus ni moins qu’un casus belli. Dans la foulée, les autorités ivoiriennes décident du rappel de leur ambassadeur en poste à Dakar : et comme il est de coutume en pareils cas, « pour consultation ». Ce n’est d’ailleurs pas ce qui calmera la surenchère verbale amorcée en force et qui se manifeste avec fracas.

La décision de Bédié de rallier le camp ADO pour le round final de la présidentielle du 28 novembre déclenche des accusations déjà entendues mais qui, en cette période cruciale d’avant second tour, peuvent faire mouche : l’alliance ADO-BEDIE serait contre nature et la coalition ne serait rien d’autre qu’une mauvaise mécanique téléguidée depuis l’extérieur. Dont acte, mais la sérénité commande d’attendre pour le savoir.

Et justement, de sérénité, le camp présidentiel ivoirien semble présenter tous les symptômes qu’il en manque. On semble détecter dans l’entourage immédiat de Gbagbo, comme une sorte de fébrilité à laquelle se mêle une incertitude le disputant à une peur panique de perdre un enjeu capital. A la vérité, paniqué, on le serait à moins.

Gbagbo et ses amis sont ceux-là qui avaient persuadé leurs troupes qu’ils ne visaient pas moins que de remporter la présidentielle ivoirienne, et ce, dès le premier tour, sans coup férir, excusez du peu. La réalité du terrain aura été tristement autre.

Suffisant déjà pour susciter de l’inquiétude, voire, semer le désarroi. Et pour ne rien arranger, le vieux Bédié se prend, lui aussi, au jeu des alliances, décide de tenir parole et décide du report de ses voix au compte déjà fourni de son compagnon “houphouetiste”.

La panique peut alors gagner les rangs dans le “Gbagboland”, même si en toute logique aucune élection qui se veut crédible n’est vraiment gagnée ou perdue à l’avance. Le président sortant et son entourage ont bien conscience qu’ils ont perdu un enjeu de taille, pire, qu’il se peut qu’ils en perdent un autre, autrement bien plus important, et que, si d’aventure cela s’avérait, ce serait là, pour eux tous, tout un monde qui s’effondrerait.

Les coups de sang et autres déclarations aussi intempestives et hors de toute mesure peuvent, au final, trouver leur pleine explication en cela : un homme, plus, un parti doit désormais faire face à ce à quoi il ne s’était pas du tout préparé. Et cela le met aux abois. Car, après tout, dans cette affaire qui frise le rocambolesque, on a comme l’impression que l’on s’échine à chercher des poux sur un crane rasé.

On peut tout reprocher au président sénégalais sauf lui trouver tout de même l’étoffe d’un conspirateur ou d’un déstabilisateur s’acharnant à renverser qui que ce soit en Côte d’Ivoire ou ailleurs. Gorgui, d’ailleurs, a suffisamment affaire à son propre contexte politico-social pour s’occuper de la cuisine intérieure de ses voisins immédiats ou lointains. Gbagbo et les siens feraient bien de se la jouer calme. Car, après tout, cette finale présidentielle n’est toujours pas jouée. Par conséquent, ils ne l’ont pas encore perdue.
Décision de la Cour de justice de la CEDEAO : et si les dieux de cette institution étaient tombés sur la tête ?

C’est fait, la famille, les amis et les proches de l’ex-président nigérien Mamadou Tandja peuvent désormais exulter. La raison : la Cour de justice de l’organisation sous-régionale vient d’ordonner l’élargissement de l’ex-premier nigérien renversé par le CSRD le 18 février 2010 et depuis lors, assigné à résidence à Niamey. Dans une prison dorée, il faut le reconnaître.

Il est vrai que de nombreux observateurs avaient déploré pareille détention et lui auraient préféré un procès en bonne et due forme. Mais tout de même, l’ordonnance de sa remise en liberté pose problème. En ceci qu’elle peut sonner comme une prime à l’impunité.

Car, enfin, l’homme dont on parle est quand même Mamadou Tandja, le tout-puissant maître du Niger qui décida, à un moment donné, d’aller à l’encontre de tout et de tous pour s’octroyer les trois années supplémentaires pour « terminer ces chantiers ». A l’époque, on l’a vu embastiller à tour de bras, journalistes, partisans et opposants. On se souvient de l’homme narguant ses voisins, les médiateurs et même l’ensemble de la communauté internationale.

C’est ce Tandja qui démit les députés nigériens de leur fonction, décida de la dissolution de la Cour constitutionnelle, mâta les opposants mécontents et se mit à gouverner son pays à la force des décrets et des ordonnances. Même la CEDEAO qui aujourd’hui plaide pour lui, en a pris pour son grade : son vénéré Comité des sages, lorsqu’il voulut faire fléchir le tout-puissant président nigérien, n’en retira que des remarques railleuses et ironiques. Que ce Tandja-là se retrouve aujourd’hui libre comme l’air, a de quoi révolter. Non pas que l’on trouve qu’il faille le livrer à quelque vindicte populaire, là n’est pas vraiment le propos. Mais à tout le moins, qu’il comparaisse pour les crimes qu’il a commis.

Ce n’est que pure justice, et les nigériens de tous bords qui ont souffert et subi les avanies les plus humiliantes ont aussi le droit de réclamer que cette justice-là leur soit rendue. Le citoyen lambda aurait mieux compris la Cour de Justice de la CEDEAO, si elle avait demandé un prompt procès de l’ancien président nigérien. Mais s’entendre dire qu’elle ne réclame ni plus ni moins que sa relaxe fait penser qu’elle ne fait rien d’autre que de cheminer aux côtés des puissants.

Et voilà la junte militaire désormais embarrassée. Il est bien vrai qu’elle n’avait pas fait du jugement de Tandja sa priorité. Et on la comprend. La priorité qu’elle a bien voulu se fixer étant de remettre le pouvoir aux civils dans un délai raisonnable, on aurait mal compris qu’elle s’attelât à organiser le procès d’un vieux dictateur désormais hors d’état de nuire. Il y avait plus sérieux à faire et il fallait sans doute parer au plus pressé.

Cette junte est désormais prise dans la nasse judiciaire de la Cour sous-régionale. Et elle est d’autant plus à l’étroit que les décisions de ladite Cour ne souffrent pas d’appels possibles. Comme quoi, ironie du sort, il arrive même à la Justice de tenir pour coupable un vertueux et de tenir pour vertueux un coupable. Tout de même impensable. De quoi susciter sans doute de l’émulation dans les rangs de futurs apprentis-sorciers.

Ashley Mathilda



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