Les autorités nigériennes ont visiblement décidé de ne plus badiner avec les preneurs d’otages. La junte dirigée par Salou Djibo, dit avoir « neutralisé » les ravisseurs des deux Français enlevés vendredi dernier à Niamey. Ils auraient été interceptés dans leur fuite vers la frontière malienne. Les deux otages ont malheureusement passé l’arme à gauche. Aux dires des autorités, ils ont été abattus par leurs ravisseurs acculés.
Quoi qu’il en soit, il s’agit de pertes en vies humaines déplorables. En même temps, on se demande si le Niger aurait fait un meilleur pari en laissant filer les ravisseurs avec leur « butin » et en comptant, par la suite, sur une hypothétique libération. Les ravisseurs auraient ainsi réussi à faire un sacré pied de nez à la sécurité nigérienne s’ils avaient réussi à se fondre dans l’immense désert malien avec les otages.
L’audace dont ils ont fait montre, en allant prendre ces otages dans un restaurant de la capitale nigérienne, leur a coûté cher. Ils auront perdu, et les otages, et leur vie. En tout cas, les autorités nigériennes, appuyées par leurs partenaires, surtout français, ont voulu envoyer un signal fort à ceux qui ont transformé leur pays en un no man’s land, notamment pour les Occidentaux. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette fermeté a l’avantage de semer sinon la peur, au moins le doute, dans la tête des preneurs d’otages qui écument la région. Seulement, il faut espérer que cette réaction n’aura pas de répercussions négatives sur la sécurité des otages déjà détenus par la branche maghrébine d’Al-Qaïda (AQMI).
En ce qui concerne l’identité de ceux qui ont osé prendre ces otages au coeur de Niamey, on a de bonnes raisons de penser que si ce ne sont pas des combattants de AQMI, ce sont des sous-traitants de ce groupe islamiste, étant donné que c’est ce dernier qui sévit dans la zone. On imagine que privés de touristes à prendre sur les routes, tels des loups qui sortent du bois, poussés par la faim, les islamistes ont décidé d’aller en chercher en ville, bravant ainsi effrontement les dispositions sécuritaires nigériennes. Toujours est-il que ce qui s’est passé au Niger illustre à merveille le degré d’insécurité qui règne dans la bande sahélo-saharienne. Si les pays concernés ne mutualisent pas leurs efforts pour enrayer à jamais ce péril, la psychose risque de gagner du terrain.
Ce faisant, elle pourrait paralyser l’activité touristique et impacter négativement les investissements étrangers. Il est nécessaire d’étendre cette capacité de réaction dont ont fait montre les militaires nigériens et français au niveau sous-régional, en privilégiant, bien entendu, les mesures préventives et en corrigeant les erreurs. En effet, ces enlèvements montrent, une fois de plus, qu’il y a encore des défaillances au plan sécuritaire, peut-être même des complicités. Les services de renseignements doivent redoubler de vigilance tant il est vrai que « mieux vaut prévenir que guérir ». La mise à contribution des populations doit être également un maître-mot dans ce combat pour la sécurité. Dans la traque des ravisseurs des deux jeunes Français, leur concours s’est d’ailleurs révélé fort utile. C’est un élément-clé sur lequel pourraient miser les Etats dans leur lutte contre les extrémistes.
Relwendé Auguste SAWADOGO
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