Doubler, voire tripler, le coût des prestations dans les services de santé du public, réquisitionner des élèves d’écoles qui n’ont pas encore achevé leur formation pour pallier l’absence de professionnels pour faits de grève, permettre aux médecins spécialistes d’avoir deux jours avec eux dans ces enceintes pour recevoir des malades à titre privé et, si besoin était, de les hospitaliser céans, un ministre de la Santé et un directeur d’hôpital qui tentent avec véhémence de nier l’évidence alors que l’on n’a pas besoin d’avoir fait Hautes études commerciales (HEC) pour comprendre, voilà le cocktail détonnant que nous ont servis ces derniers temps ceux censés veiller à une grande partie de notre bien-être physique et mental.
Dites-nous, bonnes gens, dans quel pays sommes-nous ? La nette impression qui se dégage est que l’Etat veut si bien se désengager de tous les secteurs de base que ses premiers acteurs peuvent se permettre toutes les extravagances. Alors que, dans les nations aux démocraties et progrès éprouvés, l’heure est au retour des nationalisations et autres réformes des systèmes de santé, nous, nous ramons à contre-courant.
Aux Etats-Unis, pour ne citer que ce pays, le système médical est l’un des plus libéralisés au monde et les soins médicaux sont les plus coûteux. Et pourtant, bien avant la réforme Obama, les habitants du pays de l’Oncle Sam n’étaient pas pour autant des désincarnés. Ils sont sensibles à l’indigence de leurs compatriotes.
Certes, la plupart des Américains sont assurés médicalement via leur entreprise et 37 millions de personnes n’étaient couvertes par aucune assurance-maladie en 1998. Leur nombre a même augmenté sous l’administration George W. Bush (46,6 millions en 2005, soit 15,6 % de la population américaine).
Malgré tout, ceux qui n’ont pas d’assurance-maladie ont recours aux urgences, aux consultations des hôpitaux publics ou à but non lucratif, aux centres de santé communautaires, aux hôpitaux universitaires, qui offrent des soins gratuits. Oui, vous avez bien lu : des soins gratuits.
Alors pourquoi ceux qui nous gouvernent tiennent mordicus à réinventer la roue ? A notre sens, le développement, ce n’est pas investir seulement dans le béton en multipliant aux quatre points cardinaux échangeurs et cités futuristes.
Il commence avant tout par l’autosuffisance alimentaire, l’éducation et la santé. Et dans ces secteurs, il est évident qu’il y a bien à refaire. Mais revenons au sujet du jour. Pendant qu’on y est, pourquoi ne pas totalement privatiser la santé au Burkina Faso ?
Chacun saurait alors à quoi s’en tenir. Ce pas, le gouvernement pourrait courageusement le franchir. En la matière, un grand pas a été déjà franchi avec la hausse du coût des soins médicaux. Et comme sous nos cieux certains ministères sont érigés à la tête du client et que les changements de dénomination ne sont pas passés de mode, le premier responsable de la Santé pourrait se muer en ministre des Cliniques privées.
Face à pareille situation, il faut avoir un peu le sens de la dérision pour se consoler. Mais, plus sérieusement, si c’est avec pareilles mesures que l’on espère atteindre l’émergence tant promise, il y a de fortes chances qu’elle ne soit pas au rendez-vous à l’orée de plusieurs quinquennats. Et ça pousse des cris d’orfraies lorsque le Burkina est 161e sur 169 au dernier classement du PNUD, pendant que Haïti est 145e.
Issa K. Barry
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