Election présidentielle au Niger

La Céni a livré son verdict. Les résultats du scrutin qu’elle a publiés, jeudi dernier, retiennent pour la seconde manche de la présidentielle, prévue pour se tenir le 12 mars prochain, deux poids lourds de l’arène politique nigérienne : l’opposant historique Mahamadou Issoufou arrivé en tête du scrutin aura face à lui Seïni Oumarou, l’ancien Premier ministre de l’ex-président déchu, Mamadou Tandja,

Un scrutin qui, à en croire les observateurs, se serait passé en toute régularité, dans la discipline, et sans bavures dignes de ce nom. La chose est si rare sur le continent qu’il convient, fort légitimement, de la saluer. Chapeau bas.

Légalement, il n’y a rien à dire : rien que du propre, du tout bon. Mais si on tente une analyse placée sous le prisme de l’éthique, on trouve que quelque part quelque chose cloche.

Si l’on se réjouit de voir un éternel second se positionner avec sérieux pour ce duel final, on devra avoir toujours en mémoire que le 25 janvier 2011 ses trois rivaux directs ont signé une « alliance pour la réconciliation nationale », à laquelle adhèrent également trois autres candidats de la scène politique nigérienne.

Cette sainte alliance s’engage à « assurer l’élection » au second tour de celui d’entre eux qui aura réussi le meilleur score au premier tour. Cela signifie en clair que Mahamadou Issoufou du PNDS aura face à lui un Seïni Oumarou revêtu de toutes les forces vives d’une coalition bien décidée à l’emporter.

La conséquence logique qu’il convient d’en tirer ? Le MNSD du président déchu peut revenir aux affaires… par la grande porte. Démocratie oblige. A y réfléchir, on est presque pris de tournis.

Comment se peut-il que le parti politique d’un Mamadou Tandja, qui fit voir en son temps des vertes et des pas mûres aux Nigériens, en matière de coups tordus, de tripatouillage de la constitution, d’embastillement d’opposants, de décisions dictatoriales, bénéficie toujours des faveurs des Nigériens, au point même que ceux-ci soient en passe de lui confier à nouveau les rênes de la direction de l’Etat ?

Curieux, presque mystérieux. C’est vraiment à n’y rien comprendre. Doit-on comprendre que Mamadou Tandja a été renversé par erreur ou qu’on a choisi d’imputer tout ce qu’on reprochait à son régime à l’homme tout seul ?

Car, enfin, ce temps qu’il a passé à la tête de l’Etat nigérien, il l’a vécu avec l’aide, le support ainsi que l’onction de têtes bien pensantes et bien connues de son parti ! Et ce sont ces lieutenants qui, aujourd’hui, demandent la bénédiction ainsi que le suffrage des Nigériens pour revenir dans l’arène politique, en passant sans doute par la fenêtre !

Si cela s’avérait, les tripatouilleurs de la Constitution s’en tireraient à bon compte. Et il y a fort à parier qu’ils refuseraient de s’en contenter.

Car, dans la foulée, pourquoi refuseraient-ils d’élargir leur mentor ? Et, pendant qu’ils y seraient, pourquoi ne le feraient-ils pas revenir aux affaires ? Cette voie démocratique telle qu’actuellement présentée aux Nigériens, recèle peut-être des accords tordus, souterrains et peut-être seulement connus d’un cercle d’initiés.

C’est bien pour cela qu’elle représente quelque part un piège certain dans lequel plus d’un est en passe de tomber, quitte peut-être à le regretter mais, sans doute, seulement à posteriori. Car, de toute évidence, il y a quelque part, embusquée, une grosse anguille sous roche. Tout ça pour ça ! Alors qu’à portée de main se trouvent des hommes nouveaux capables de relancer avec succès la démocratie nigérienne. Sans doute curieux, mais surtout très dommage.

Les Nigériens seraient donc bien inspirés de savoir se montrer circonspects. A l’heure où il est de mode que des partisans de dictateurs déchus se recyclent avec un art tout consommé –pression populaire oblige- dans le but évident de renaître de vieilles cendres, il leur est plus que nécessaire de savoir réellement à qui ils choisiront d’offrir la présidentielle du 12 mars sur un plateau d’argent.

Autrement, il ne serait pas exclu qu’ils ramènent eux-mêmes au pouvoir un épouvantail qu’en son temps ils avaient pourtant résolument chassé. Et alors, ils n’auraient plus que leurs yeux pour pleurer . Jean Claude Kongo

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