Nuit de la chauve-souris en France

La 17ème Nuit Internationale de la chauve-souris 2013 a lieu du samedi 24 au dimanche 25 aout 2013. Cet événement permet au plus grand nombre de partir à la découverte de ces mammifères méconnus. Après 17 ans de sensibilisation, des milliers de participants aux sorties et conférences et une connaissance en net progrès, où en sommes nous réellement ? Avec une diversité aussi importante d’espèces (34 en France métropolitaine) et de territoires, la situation est forcément délicate à analyser.

Voilà déjà 17 années que la Nuit de la chauve-souris permet au plus grand nombre de partir à la découverte de ces mammifères méconnus. Après tout ce temps, des milliers de participants aux sorties et conférences et une connaissance en net progrès, où en sommes nous réellement ? Avec une diversité aussi importante d’espèces (34 en France métropolitaine) et de territoires, la situation est forcément délicate à analyser. Certaines menaces ont reculé : l’usage des pesticides les plus toxiques pour les mammifères a peu à peu été proscrit, la prise en compte des chauves-souris dans les grands projets d’aménagement s’est vue améliorée et la sensibilisation a doucement porté ses fruits : des sites ont été protégés et de nombreux propriétaires souhaitent désormais s’engager dans la voie de la conservation des chauves-souris.

D’autres menaces n’ont été que difficilement contenues : la pollution lumineuse prive les chauves-souris lucifuges d’habitat et de nourriture, l’urbanisation se poursuit dans de nombreux secteurs et contribue à l’érosion de la biodiversité, de nombreux gîtes et terrains de chasse sont menacés et les connectivités écologiques continuent à se rompre, mettant en péril des populations entières. L’impact des nouvelles substances chimiques reste quant à lui encore méconnu sur le long terme.

Nuit de la Chauve-souris/ Crédit: Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères

Nuit de la Chauve-souris/ Crédit: Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères

Enfin, au fil de ces 17 années, d’autres menaces se sont fait jour : si l’augmentation du nombre de chats domestiques et de leur prédation sur les chauves-souris n’étonne guère et peut prêter faussement à sourire, certaines sont d’autant plus préoccupantes qu’elles intéressent le domaine du développement durable. Au coeur de cette thématique se situe notamment la mortalité causée par les éoliennes, dont les pales peuvent être meurtrières pour les animaux volant à proximité et dont l’installation doit être mûrement réfléchie. C’est pourquoi cette année, nous avons décidé de traiter de ce sujet complexe dans notre dossier pages 2 et 3.

Alors que faire ? Tout n’est pas affaire de spécialistes : la capacité de tout un chacun à s’investir localement et à s’émerveiller perpétuellement à l’envol des ces mammifères est prépondérante. Du choix de sa haie de jardin à quelques aménagement simples, chacun peut agir. Mais c’est aussi dans la perception même de notre rapport à la vie sauvage et dans nos choix quotidiens que se trame ce qui impactera les espèces demain sur le terrain.

C’est dans ce sens que la SFEPM et ses partenaires vous invitent à faire un premier pas en participant à la Nuit de la chauve-souris. Prenons ensemble un temps pour la découverte et le partage. Explorons le temps d’une soirée le lien de fascination ou de méfiance qui nous lie à ces animaux mystérieux, apprenons à les connaître pour mieux les protéger.

A la nuit tombée, en salle comme en pleine nature, découvrez celles qui chaque nuit partent inlassablement en quête des insectes qui feront leur repas, pour notre plus grand bonheur.

Éoliennes et chauves-souris, hélices, hélas…

Actuellement ce sont 20 000 éoliennes qui sont installées en Allemagne. Nous en comptons 5 000 en France et ce nombre aura sans doute explosé à l’horizon 2020. Depuis une trentaine d’années, les études environnementales ont démontré un fort impact de ces machines sur les chauves-souris. Ces mammifères, très curieux, ont la dangereuse habitude de s’approcher de ces hautes structures verticales comme elles le font par exemple des peupliers ou les approchent non intentionnellement lors de leurs migrations saisonnières ou de leurs chasses nocturnes. Trois taxons de chiroptères sont surtout impactés en France : les noctules, les pipistrelles et les sérotines.

Toutes les études européennes se rejoignent pour signaler une mortalité avérée touchant la totalité des parcs étudiés, elle varie au fil des saisons et ne concerne pas les même machines, d’où la difficulté d’approche du phénomène et de sa compréhension. Autre convergence, les génératrices tuent dans tous les milieux, même si c’est à plus petite fréquence en zone d’openfield qu’en milieu forestier ou en vallée alluviale. L’Allemagne qui est autant en avance sur l’implantation des éoliennes que sur les études d’impact donne des analyses statistiques avec des chiffres inquiétants, résultant de collecte de cadavres. Les chiffres les plus bas donnent des moyennes régionales d’une noctule commune tuée tous les deux ans par machine. Ce chiffre semble peu impressionnant, sauf si on ne le met en perspective des 20 000 éoliennes en fonctionnement : le nombre de noctules rayées de la carte annuellement risque de devenir plus que problématique. Pour ces chauves-souris migratrices dont les femelles traversent deux fois l’an les champs éoliens recouvrant l’Europe pour aller faire leur petit vers l’est du continent, le constat est clair.

Si rien n’est entrepris on est face à une prévisible raréfaction de ces espèces à l’horizon de quelques décennies. Le risque étant d’autant plus accentué pour les Noctules dont l’espérance de vie est l’une des plus courtes de toutes les grandes espèces d’Europe. La Pipistrelle de Nathusius, suit quant à elle les côtes littorales et franchit les bras de mer. Une victime toute désignée par l’extension des futurs parcs éoliens offshore. Ces analyses ne sont pas que spéculatives, car en 2013, des études menées au large de la Bretagne attestent de flux migratoires importants à 15 kilomètres du rivage. Pour mettre en alerte les réseaux et conscientiser les pouvoirs publics le dernier classement national de l’UICN en 2010 a monté le niveau de menace d’un cran pour les trois de ces espèces de chauves-souris.

Sommes-nous contraints à ce paradoxe inéluctable : détruire pour produire ?

Loin s’en faut. Les bureaux d’études qui suivent et modélisent depuis longtemps les activités nocturnes des chauves-souris sont arrivés à un constat, en arrêtant les pales des éoliennes sur de courtes périodes, qui se comptent en heure, on diminuerait l’impact des machines pour leur conférer un côté moins mortifère, en adéquation avec la survie des chauves-souris. Sachant que les déplacements de ces espèces sont nocturnes et saisonniers, une efficacité des mesures d’arrêt serait atteinte en perdant une très faible production énergétique, de 0,5 à 4% en fonction du régime régional des vents. Une solution chiffrée existe donc bel et bien, elle ne tient plus qu’à une volonté, celle des financiers qui exploitent les parcs. Une gestion réellement écologique des parcs par les exploitants permettrait de dresser un bilan moins funeste pour ces machines productrices d’énergie renouvelable. Pour les pouvoirs publics, attendre l’effondrement des populations des noctules communes ou de la pipistrelle de Nathusius serait le pire de choix. Sans parler du manque de cohérence environnemental, puisque la menace est avérée et les pouvoirs publics au courant. L’arrêt ponctuel des pales, est un investissement pour le futur : une économie à venir sur le coût qu’il faudra payer si on laisse s’effondrer des populations d’espèces aujourd’hui encore communes.

Le 17 janvier 2013 une proposition de loi de l’assemblée nationale supprimait les ZDE et le seuil minimal de 5 mâts est levé, permettant une dispersion des machines. Les préfets se référerant uniquement aux schémas régionaux éoliens pour accorder ou refuser une implantation. Les dérogations à la loi littorale sont désormais possibles pour les parcs éoliens offshores, y compris dans les espaces naturels remarquables. Quelques rares développeurs se sont pourtant lancés dans une démarche réellement écologique mais ces décisions n’ont malheureusement rien d’obligatoire et dépendent toujours du bon vouloir des gestionnaires, fonds de pension ou investisseurs. Si une législation ne se met pas en place rapidement sur l’ensemble du parc français mais aussi européen, la part éolienne de production électrique aura beau être renouvelable, elle n’en deviendra pas plus écologique pour autant.

Auteurs : Laurent Arthur – Muséum d’Histoire Naturelle de Bourges et Roman PAVISSE – Secrétaire du Groupe National Chiroptères/ Site web de la Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères (SFEPM) : www.nuitdelachauvesouris.com

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One Response

  1. C’est Bigard qui doit être content ;)

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