« Le Sénégal à l’heure de la Provincialisation »

Dans un Sénégal en pleine modernisation sous l’effet des grands chantiers lancés par le Président WADE et son Gouvernement (aménagements portuaires, autoroutiers, ferroviaires, urbains, touristiques…), le fabuleux projet de Provincialisation fondé sur une administration de proximité pour une meilleure valorisation du savoir et du savoir faire local, sur des réaménagements urbains mis en relation avec la perception et les pratiques des habitants, la conservation des ressources dans les milieux fragiles des campagnes semi-arides et arides, les grandes infrastructures réalisées au nom du désenclavement et du développement touristique, le pari sur le tourisme vu comme un vecteur essentiel du développement, serait une mesure de salut public et un préalable au « Take Off ».

La provincialisation, cet « atout stratégique » pour une nouvelle forme de Gouvernance facilitera sans doute, le passage du Global au Local dans une dynamique de Prospective Territoriale.

Au plan sociologique, la Provincialisation constitue un facteur de réhabilitation de nos valeurs anciennes perdues du fait de l’effondrement de notre système de représentations et de gestion participative avec le changement de mode de gouvernance.

Le terme « gouvernance » apparu comme un nouveau Talisman que l’on brandit pour mieux gérer les hommes et les ressources, serait né en France avant la Révolution et renvoyait à la gestion des bailliages ou entité territoriale (circonscription administrative, financière et judiciaire) et à la charge qui y était liée. Bailliage a succédé vers le XIIIe siècle à l’ancien français baillie, (Latin médiéval : baillia), qui était une circonscription fiscale où s’exerçait le pouvoir d’un bailli, représentant des princes féodaux. Les historiens anglais du moyen âge se référent à la « governance » pour caractériser le mode d’organisation du pouvoir féodal. Ce n’est qu’au début des années 1990 que la notion de gouvernance commence à alimenter les débats théoriques et entre dans la rhétorique officielle, avec des sens multiples.

On a d’abord parlé de bonne gouvernance, tentant d’appliquer le vocabulaire de l’entreprise aux collectivités sociales plus larges, les nations d’abord, puis le monde dans sa globalité. Dans un deuxième temps, cette notion de gouvernance s’est recomposée pour mettre l’accent sur un besoin essentiel de l’espace mondial d’aujourd’hui : coordonner les activités et les initiatives des acteurs publics et privés pour assurer un équilibre global à la planète.

C’était une façon, et ça le demeure, de montrer que les Etats ne sont plus les seuls acteurs de la vie internationale, et qu’il n’est pas possible de parvenir à une stabilité du système international sans que les acteurs étatiques et l’ensemble des acteurs internationaux extra-étatiques coordonnent leurs efforts et harmonisent leurs stratégies.

En ce sens, la gouvernance globale est selon Bertrand Badie, davantage un souhait, une orientation, un chantier, qu’une réalité institutionnelle.

Au sein de la gouvernance, en crise plus ou moins profonde sur tous les continents et à toutes les échelles, la question de la gouvernance mondiale est particulièrement brûlante. Son architecture actuelle n’est ni démocratique, ni efficace et, de ce fait, n’a plus de véritable légitimité. Les systèmes de régulation mondiale ne sont plus à l’échelle des défis de l’humanité. Le fossé s’accroît de jour en jour entre les interdépendances qui relient, de fait, les peuples du monde entier, qui donnent un contenu chaque jour plus concret à l’idée d’humanité ou de famille humaine, qui font de la planète un village global, et les mécanismes de droit censés organiser les relations internationales. La crise de la gouvernance mondiale n’est pas conjoncturelle, elle est structurelle. Il s’agit d’une crise de civilisation pour tous les continents ; mais pour l’Afrique, c’est aussi un problème de survie, une résultante d’un processus négatif résidant dans la fonction servile qu’elle est astreinte à remplir depuis le XVIe siècle. Le village global est aujourd’hui sans règle, sans cohésion, sans redistribution des ressources et sans justice. D’où la présomption ou la crainte, que le village global n’existe qu’au bénéfice des plus puissants de ses membres qui se retrouvent dans des clubs pour gérer le monde.

La provincialisation comme préalable à toute entrée dans la Gouvernance Mondiale fait intervenir un ensemble complexe d’acteurs et d’institutions qui n’appartiennent pas tous à la sphère du gouvernement ; elle traduit une interdépendance entre les pouvoirs et les institutions associées à l’action collective. Elle fait intervenir des réseaux d’acteurs autonomes et part du principe qu’il est possible d’agir sans se remettre au pouvoir de l’État. Nous pouvons définir la Provincialisation, comme « un processus institutionnel et organisationnel de construction d’une mise en compatibilité des différents modes de coordination entre acteurs géographiquement proches, en vue de résoudre les problèmes productifs inédits posés aux territoires ».

C’est cela la vision de WADE et de son Gouvernement, car Sur la politique de décentralisation, il a reconnu qu’il y a eu des manquements parce qu’il y a eu des transferts de compétences administratives sans que les moyens ne suivent. Cette provincialisation permet de corriger les dysfonctionnements de la Décentralisation. Ce n’est pas un passéisme sournois, ou une Féodalité déguisée, mais juste une recomposition de sens. Les Provinces du Niani, du Wouli, du kalankadougou, de Gueth, du Sine etc. de même que les anciens cantons ont modelés le visage du Sénégal post indépendant, alors qu’il n’y avait pas d’Etat au sens Jacobin du terme. La provincialisation est une bonne occasion de ramener les Sénégalais à leur terroir avec beaucoup plus d’avantages et un nouveau concept adapté avec la double planification.

Au vu des défis du XXIe siècle, il faudra aussi agir localement, car nous croyons profondément que les solidarités horizontales – locales constituent une force nouvelle à stimuler, pour une bonne gouvernance démocratique fondée sur le rôle capital que pourrait jouer les collectivités locales.

Dr Kaly Niang – Sociologue

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